Forbes (Jan 2016)

Article original : Get To Know 30 Under 30 Duo Krewella In Their Own Words (Forbes.com)

Faites connaissance avec le duo de vingtenaires Krewella, dans leurs propres mots

Le duo EDM Krewella termine une année 2015 plutôt bien remplie. Entre une résidence à l’Omnia Las Vegas et les nombreux festivals, incluant les mastodontes Tomorrowland et EDC Las Vegas, Jahan Yousaf, 26 ans, et Yasmine Yousaf, 23, ont en plus réussi à résoudre une dispute judiciaire avec le membre fondateur Kris Trindl, ce qui a conduit à une vague d’abus sexistes en ligne (ndlr : quoi qu’en disent les haters).

Nous avons pu parler avec celles qui se sont classées dans notre classement des 30 « vingtenaires » à suivre en 2016 dans l’industrie musicale, pour en apprendre un peu plus sur leurs débuts dans un petit appartement de Chicago et comment elles définissent le succès.

Krewella

Krewella

Êtes-vous Américaines de première génération ?

Yasmine: Du côté de notre père, oui (il est né au Pakistan), mais notre mère est née aux Etats-Unis.

Êtes-vous mariées ?

Jahan: Mon associée, meilleure amie et soeur Yasmine est un peu comme ma femme. Nous cuisinons ensemble, vivons ensemble, allons au travail ensemble, avons un compte commun, élevons ensemble un chien nommé Scar, partageons les mêmes valeurs morales… Mais elle ne veut pas de moi dans son lit. Il paraît que je peux être plutôt violente quand je dors.

 

 

Avez-vous des enfants, et si oui, combien ?

Yasmine: Beaucoup d’enfants musicaux. Et un chiot. Mais pas de bébés.

Jahan: J’adorerais avoir deux enfants un jour. Mais les enfants méritent le monde entier, et pour l’instant je veux me concentrer sur ma famille, mes proches, nos fans, mon bien-être, ma carrière et la communauté. Je rêve d’élever un garçon qui se sentira toujours confiant, qui sera ouvert aux vulnérabilités et sensible aux problèmes des femmes dans le monde. J’imagine ma fille comme grande gueule, résiliente et qui accepte ses imperfections, tout comme celles des autres.

Êtes-vous plutôt lève-tôt ou lève-tard ?

Yasmine: Lève-tôt pour les petits rituels matinaux, comme une petite randonnées dans les collines de Los Angeles.

Jahan: J’aime beaucoup le matin, surtout chez nous à Los Angeles, où j’ai une très belle vue du soleil qui embrasse les San Gabriels. Préparer le petit-déjeunet et déguster lentement chaque bouchée d’œuf et d’avocat avec un peu de café m’épanouit totalement, suivis de 30 minutes d’écriture dans mon journal (sur les bons jours). Pour mon bien-être, je m’empêche de regarder mes e-mails et mes réseaux sociaux pendant ce rituel. C’est un moment sacré de la journée où je regroupe mes pensées. Il y a tellement de magie dans notre environnement et la nature qui peut faciliter la créativité et de nouvelles perspectives. Je suis une lève-tard quand il s’agit de nos shows en clubs, surtout pour notre résidence à Vegas, où notre slot nous garde sur les platines jusqu’à plus de 3 heures du matin.

Qui est votre mentor rêvé ?

Yasmine: Le secrétaire général sud-coréen Ban Ki-Moon. Je l’admire beaucoup.

Jahan: Une compatriote Pakistanaise, Malala Yousafzai. Elle est plus jeune que moi d’une dizaine d’années. Malgré les massacres, la perte d’être chers, la pauvreté et la douleur qu’elle endure en étant la cible de groupes terroristes, elle continue de se battre pour l’éducation et les droits des enfants. J’admire sa persévérance, son attitude et sa sagesse. Ses expériences me forcent vraiment à mettre ma vie en perspective.

Krewella et Nida Yousaf

Krewella et Nida Yousaf

Quelle est votre plus grande influence ?

Yasmine: Ma soeur, sans hésiter.

Jahan: Mon père, Sohail. Je l’ai vu évoluer au travers des années de la meilleure manière. Il est une preuve que l’âge ne doit pas signifier que nous devrions rester campés sur nos positions. Mon père a un sens de la curiosité qui lui donne toujours envie d’en apprendre plus sur le monde et sur les gens autour de lui. Il prêche toujours la gentillesse, l’ouverture d’esprit, et me rappelle que je dois être consciente de mon ego et de mes intentions.

Sans quel gadget ne pourriez-vous pas vivre ?

Yasmine: Le Kindle.

Jahan: Mon Kindle. C’est une vraie thérapie quand je me sens submergée par la vie, un compagnon durant les nuits blanches et un outil pour apprendre sur le monde lorsque je voyage. Avoir un accès instantané a une pléthore de littérature en fait vraiment un portail sur le monde.

Quelle application vous est indispensable ?

Yasmine: Duolingo & Spotify.

Jahan: Gmail, Spotify, & Al-Jazeera.

A quel âge avez-vous décidé de ce que vous feriez ?

Yasmine: Ce n’était qu’un rêve de longue date jusqu’à mes 18 ans, quand j’ai décidé avec les autres de tout lâcher après avoir eu mon bac.

Jahan: En 2010, j’avais 20 ans lorsque Krewella est passé de l’état de hobby à projet à plein-temps. Nous avions commencé en 2007 mais ça nous a pris tout ce temps avant d’avoir le courage de plaquer tout ce qui nous distrayait et nous empêchait de voir ça comme une vraie carrière. Notre ancien troisième membre, Kris Trindl, et notre manager Nathan Lim, ont inspiré Yasmine et moi à écrire et à répéter tous les jours, de manière à nous épanouir en tant qu’artistes.

Où étiez-vous lorsque votre carrière a démarré ?

Jahan: Yasmine et moi vivions dans un loft, dans le Meat District à Chicago, où nous écrivions et nous entraînions tous les jours au DJing, avant que les tournées commencent et que nous signions avec Columbia. Ce quartier avait beaucoup de caractère; imaginez des vendeurs de viande portant des blouses blanches éclaboussées de sang, en train de décharger des kilos de viande crue, imaginez des rues, des usines et toutes sortes d’entrepôts sentant la javel, des junkies passant à côté en poussant des caddies volés… Ca commençait doucement à s’embourgeoiser lorsqu’on est partis. Le froid mordant de l’hiver force la personnalité. Je pense vraiment que ce climat nous a préparé à recevoir les mauvaises critiques (haters).

Krewella: Somewhere to Run

Krewella: Somewhere to Run

Pourquoi avez-vous décidé de démarrer votre carrière ?

Yasmine: Changer le monde et être son propre boss sont des raisons très attirantes, mais la principale est que nous aurions toujours regretté de ne pas avoir essayé de faire de notre passion une réalité.

Comment définissez-vous le succès ?

Yasmine: Le bonheur, et le bien-être physique et psychologique.

Jahan: Après cette dernière année, j’ai finalement réalisé ce que ‘Succès’ signifie pour moi. Nous avons du faire face à une attaque en justice par notre ancien membre, et s’en sont suivis des rumeurs incontrôlables, des fans qui y ont cru et nous ont tourné le dos, ainsi qu’un manque de musique. Nous n’avons pas eu de « produit compétitif », de places dans les classements, ou de compliments. Mais après ça, je me sens en fait plus accomplie qu’auparavant. Malgré les conséquences de l’attaque et le manque d’inspiration, j’ai du réapprendre ce que signifiait le succès dans la vie, via d’autres moyens que ceux superficiels que nous connaissions (comme les likes, les followers, l’attention, les classements…). Ainsi, j’ai redirigé mon attention vers des choses simples, qui étaient juste devant moi, comme apprécier des randonnées, faire la cuisine avec ma famille, explorer des villes pendant la tournée, rencontrer des étrangers et enfin bien sûr marcher avec le sourire dans notre studio. Je pense vraiment que si nous n’avions pas atteint un point aussi bas de notre carrière l’année dernière, j’aurais laissé mon succès être défini par ce que les gens pensaient de moi.

Quel est la première chanson que vous avez apprise par cœur ?

Yasmine: “Thank You For The Music” par ABBA.

Jahan: “Beautiful” par Christina Aguilera.

Quel est le meilleur concert où vous vous êtes rendues ?

Yasmine: Incubus à Chicago quand j’avais 15 ans; c’est le premier concert où je suis allé sans mes parents et ma soeur m’y a amené.

Jahan: Bloc party, il y a quelques années. C’était très émotionnel car c’était un groupe écouté par toute ma famille lorsque nous étions tous ensemble à Chicago. Le concert m’a rendue sentimentale car je me sentais déconnectée de ma famille à l’époque, Yasmine et moi ayant quitté Chicago pour LA.

Si vous pouviez écouter un seul album pour le reste de votre vie, lequel serait-ce, et pourquoi ?

Yasmine: C’est une question incroyablement difficile. Si j’avais un pistolet contre ma tempe et que je devais absolument choisir, je dirais Silent Alarm par Bloc Party.

Jahan: Two Conversations par The Appleseed Cast. Il me rappelle lorsque j’étais une adolescente peu sûre d’elle, naïve, angoisée et pleine d’acné. Quand je veux revisiter mes souvenirs de mes jeunes années, cet album me permet de voyager dans le temps -ce n’est pas comme si je voulais vraiment retrouver des volcans cracheurs de pus sur mes joues. Les problèmes de l’adolescence et ce sens de développement de soi que l’on trouve à cet age a inscrit les chansons de l’époque dans mon esprit, et les a attachées à tous ces souvenirs. Un peu d’emo ne fait pas de mal.

Krewella fin 2016

Krewella fin 2015